Aujourd’hui, beaucoup d'entreprises multinationales délocalisent leurs sites de production dans les pays en voie de développement ou dans les pays émergents. Autrement dit, ce sont les usines qui sont délocalisées en priorité. Les activités de conception, de recherche et développement et de distribution restent la spécialisation des pays développés. Les raisons qui poussent les entreprises à délocaliser sont essentiellement la volonté de réduire les coûts, et permettre ainsi une meilleure rentabilité et donc des dividendes plus importants.
Cependant, le délaissement de l’activité productive au bénéfice des pays émergents a des conséquences extrêmement négatives sur les économies des pays développés en les rendant plus sujettes aux risques lorsque la conjoncture est mauvaise. La crise actuelle permet de mettre cela en lumière. Les délocalisations entraînent des licenciements, dont beaucoup concernent les travailleurs peu ou pas qualifiés. Ces nouveaux chômeurs vont avoir du mal à trouver du travail pour deux raisons : les industries n’engagent plus à cause d’un manque de la demande, et la plupart du temps elles finissent par délocaliser lorsqu’elles en ont la possibilité. Ce qui a pour conséquence également de diminuer le nombre d’emplois ouvriers disponibles par exemple. Ainsi, des bassins d’emplois entiers sont déracinés, et la tâche va être ardue pour retrouver un certain niveau d’emploi. Ces nouveaux chômeurs ont désormais le choix entre travailler loin de leur lieu d’habitation, ou bien faire une formation pour un nouveau type d’emploi.
Ainsi, les délocalisations ne servent qu’à augmenter la rentabilité des entreprises, notamment les multinationales. La pression des actionnaires pour obtenir des dividendes toujours plus importants en est la principale cause. Cependant, ce système de développement stratégique des entreprises sera forcément remis en cause à moyen ou long-terme. En effet, la délocalisation apparaît comme être le dernier moyen de réduire les coûts. Ceci va poser problème puisqu’à un moment, les entreprises auront atteint le profit maximum possible. Puis, forcément, les salaires vont augmenter dans les pays émergents et la rentabilité des entreprises va diminuer. Quand nous auront atteint ce point critique, le risque est de voir les investisseurs se détourner des entreprises européennes ou américaines pour investir plus massivement dans les pays émergents, où la rentabilité sera plus élevée.
En effet, les économies de demain que sont la Chine ou encore l’Inde sont en train de développer leurs économies vers des secteurs jusque là réservés aux pays développés, qui avaient de l’avance au niveau du savoir-faire, notamment dans les produits à haute valeur ajoutée. Aujourd’hui, cette différence est en train de s’estomper. Bientôt, les produits américains ou européens seront concurrencés par exemple par des produits chinois moins chers et de meilleur qualité.
Ainsi, à long-terme, la délocalisation est un mauvais calcul. Elles conduiront inévitablement les économies des pays développés dans le mur, pour les raisons évoquées précédemment. Il faut que les entreprises comprennent que pour assurer une certaine pérennité de leur activité, la solution se trouve essentiellement dans les gains de productivité (notamment grâce au progrès technique) et la recherche de nouveaux débouchés.
Le gouvernement a également son rôle a joué, en investissant massivement dans la recherche fondamentale. Les annonces des gouvernements nous disant qu’il l est possible d’interdire les délocalisations sont fausses. Personne ne peut interdire à une entreprise dans l’Union Européenne de délocaliser puisque cela va à l’encontre du traité de Maastricht. Cependant, la crise actuelle devrait cependant faire réfléchir la Commission européenne concernant ce dernier point. Il n’est pas supportable de voir tous ces emplois détruits sans que personne n’intervienne. A conjoncture exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles. Un peu de protectionnisme ne pourrait qu’être bénéfique, et interdire les délocalisations pour les entreprises qui font d’énormes bénéfices pourrait être une solution. De plus, les subventions et prêts à taux préférentiels devraient être distribués sous condition de conserver l’activité productive sur le sol du pays. Sinon, cela reviendrait à donner de l’argent aux entreprises pour qu’elles détruisent des emplois et continuent de verser des dividendes importants alors que l’activité ralenti. Cela va à l’encontre de toute logique économique. La redistribution de dividendes aux actionnaires est tout ce qu’il y a de plus normal. Cependant, lorsque les bénéfices diminuent, la part allouée aux dividendes doit également diminuer.
La question des délocalisations est aujourd’hui une problématique majeure. Ce n’est pas une solution durable pour une économie. Il faut un interventionnisme de l’Etat et une prise de conscience des entreprises pour trouver d’autres solutions au développement de leur activité. La délocalisation est une solution court-termiste néfaste. Les institutions européennes ont un rôle majeur a jouer, et seront jugés sur les solutions apportées.
16 juin 2009
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